21/05/2004

Montée de sève...

 
Nouveauté : Lancia Fulvia Coupé.
 
Montée de sève.
 
Contrairement à d'autres essences de la forêt automobile, c'est à l'automne que l'arbre Lancia donne sa plus belle sève. Quelques fois même, il ne fleurit qu'au bout d'une dizaine d'années de patience. Mais cette fleur donnera-t-elle un fruit ?
 
Au risque de briser le bel enthousiasme qui vient de s'emparer de vous, il nous faut d'emblée vous prévenir : le Fulvia ci-contre n'est présenté que comme un concept commémorant le lancement du coupé originel.
 
Bel hommage diront certains. Mais qu'il est étrange de commémorer en 2003 à Francfort un événement survenu en 1965 à Genève... Un projet de plus grande envergure ne se cacherait-il pas sous cette superbe interprétation postmoderne des lignes inoubliables du Fulvia ?
 
 
 
De 1965 à 2003. Le flambeau sera-t-il repris ?

Certaines voix chez Lancia osent ainsi prophétiser un lancement en série pour la fin 2005, le Fulvia Coupé faisant usage de la plate-forme du Fiat Barchetta. D'autres assurent qu'il n'en sera rien. Pour preuve le plan de relance du groupe Fiat Auto, qui ne fait état que d'une seule nouveauté Lancia d'ici à 2006 : une variante chic du monospace urbain Fiat Idea. Verra donc qui vivra !
 
L'événement est cependant trop rare pour déjà se lamenter sur le destin de ce superbe concept, autrement plus prometteur et enthousiasmant que le Nea ou le Granturismo. Ses lignes tendues affichent une élégance sophistiquée, presque hautaine par rapport aux contours replets des récentes Thesis et Ypsilon. Voilà un langage stylistique qui nous paraît davantage conforme à ce qu'attendent les fanatiques de la marque depuis de nombreuses années et apte à susciter à nouveau les passions chez les amateurs de belles autos, qu'elle soient italiennes ou non.
Il est certainement malaisé pour les dirigeants de Fiat Auto de constater une fois de plus combien l'image de la marque Lancia est associée à son glorieux passé sportif et non à celui de constructeur des quelques limousines prestigieuses d'avant-guerre. Certains se souviendront seulement des derniers exploits en rallye durant les années 80, mais d'autres plus au fait de l'histoire de la marque se rappelleront l'ingéniosité technique et l'inspiration stylistique l'ayant longtemps caractérisée.
 
Le coupé Fulvia employait la mécanique de la berline Flavia. 
  
Les HF (1.2 1,3 et 1.6) étaient les versions sportives.
 
Les analystes du marché automobile s'accordent généralement à dire que la désaffection de la clientèle pour Lancia concorde avec le moment de la disparition de la Delta et de la répartition stricte des rôles au sein du groupe : à Alfa Romeo la sportivité, à Lancia le luxe. Ainsi s'est ouverte la période que l'on pourrait appeler de "l'Alcantara® à profusion", les habitacles habillés de ce matériau et les mécaniques sans exclusivité visant à satisfaire la clientèle éprise de confort plus que de performances.
 
Or, si l'on en croit les belles avances faites par le Fulvia Coupé et la teneur de certains termes du communiqué de presse accompagnant les clichés du Fulvia Coupé, le revirement pourrait être total. Ce texte évoque ainsi la tradition de l'innovation technique au service de la performance et rend hommage au Fulvia de 1965 et à son dérivé 1.6 HF vainqueur du Monte-Carlo 1972 en tant que modèles ayant fait la célébrité de Lancia dans le monde.
Une expression cependant épargne aux gens de Fiat Auto l'embarras de leurs contradictions : le Fulvia Coupé est présenté plus en avant dans le texte comme "un bel exemple de cette 'sportivité élégante' qui caractérise depuis toujours certains modèles de production de Lancia".
 
"Sportivité élégante". Voilà donc le registre à nouveau dévolu à Lancia, après l'avoir inexplicablement abandonné à Audi, BMW ou... Alfa Romeo. Sans compter les innombrables autres constructeurs qui convoitent une image de sportivité à bon compte, tels les Mazda, Opel et Seat. Le créneau est d'autant mieux choisi qu'il autorise des prix de vente plus élevés (et donc des marges bénéficiaires supérieures), et que les progrès en termes de rendement des moteurs, de suspension et d'insonorisation font que les notions autrefois antinomiques de confort et de sportivité n'ont jamais été aussi voisines et compatibles.
 
Ce rapprochement correspond en quelque sorte à l'esprit "Grand Tourisme" d'antan, revu au goût du jour : la performance maîtrisée, tous conforts. Pour le Fulvia, le côté sportivité est exprimé par le style extérieur conçu "sans aucune indulgence nostalgique" mais bien comme si "l'évolution stylistique [du modèle de 1965] n'avait jamais été interrompue" (sic). La fiche technique est également dans le ton : 1.8 16V de 140 ch, poids limité à 990 kg grâce à une carrosserie aluminium, 0 à 100 km/h en 8,6 s. Le confort est quant à lui suggéré par la description de l'habitacle (lequel demeurera soustrait à nos regards jusqu'au Salon de Francfort la semaine prochaine) tendu de cuir et paré d'une essence rare (le Tanganika Frisé).
 
Le Fulvia Coupé constitue à n'en pas douter une bonne nouvelle pour un constructeur moribond tel que Lancia. Mais peut-on sauver une marque avec un coupé, si bien inspiré soit-il ? Aussi se prend-on à espérer que ce concept préfigure non seulement un Fulvia de série, mais également le style d'une future Delta. Et surtout que l'Ypsilon connaisse le succès commercial qu'elle mérite, afin d'accorder à Lancia le temps qu'il lui manque.
 
Eric Bergerolle - 03/09/03.

18:39 Écrit par Stephane De Coninck | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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